Nous vous proposons un nouvel album photos (liste dans la colonne de gauche). Voici le texte d'introduction par l'auteur, François Blocquaux :

 

VILLE REELLE, VILLE REVEE

 

La frontière entre ville réelle et ville rêvée existe-t-elle ?

Tout dépend de la façon dont est lu le tissu urbain. En dépit de la dureté de ses lignes et de sa minéralité, Brasilia est plutôt une construction virtuelle qu’un solide lentement constitué au fil des années, sédimentation d’histoires et de styles, à l’image des vieilles villes d’Europe ayant échappé sans trop de dommages  aux incendies, bombardements, sièges et pillages.

A l’inverse, des villes mortes – Meroe, au nord du Soudan, et ses pierres érodées par le sable du déseert ou Pompeï sous les cendres – ne parlent-elles pas plus fort que les tours des banlieues, vidées de leurs occupants actifs  du matin au soir, ou les quartiers d’affaires, bodybuildingués, que désertent des cohortes d’hommes sombres et leurs limousines aux vitres teintées, après 18 heures, aussi vacants et désolés les unes et les autres qu’une plage de sable gris lors des marées basses hivernales. 

La ville rêvée est à l’inconscient ce que la ville mythique est à la légende. Thèbes et Jéricho ont bel et bien existé, mais quelle est la réalité d’Amphion dont la lyre magique déplaça les pierres qui construisirent la muraille protectrice de celle-là et celle de Josuë et des sept prêtres soufflant dans sept cornes de bélier, qui mirent à bas, au septième jour de siège, les remparts de celle-ci ?

SEOUL, rêve éveillé, éveil rêvé, toute en surfaces et en reflets.

Bien plus que la verticale des tours, une ville, c’est une horizontalité plus ou moins chahutée, un sol, un terrain, une pente, une dénivellation, de la terre, du roc, habillés par une peau, un revêtement ( le préfixe re- vient, heureusement, compléter les substantif vêtement… ), un maquillage, des trottoirs, un pavage, un dallage, un marquage,…

Une ville, c’est un endroit foulé aux pieds par ses habitants et marqué par le passage de multiples véhicules, mais aussi la solitude d’un fauteuil enchaîné qui garde trois hautes tours grises, une chaise en bois bancale devant un mur anonyme, des poutrelles d’acier et des grues qui sont autant de promesses d’apate à éclôre, des murs rapiécés, rapetassés, fissurés et des plaques métalliques qu’une rouille au pinceau quasi figuratif a attaquées,  un télescopage entre la benne à ordures, des immeubles éclatants de blancheur et un ciel trop bleu, le voisinage improblabale entre une statue de Boudha, un smiley et la mégapole anarchique en arrière-plan et les innombrables plaques d’égout et d’accès aux réseaux souterrains.

Les immeubles et les passants se désarticulent et se désagrègent, tels des rêves, dans les innombrables miroirs placés au coin des ruelles étroites, heurtés par les cabines des camions que les déforment et les rayent. 

 

François Blocquaux