CROISEMENTS

REVUE ANNUELLE FRANCOPHONE DES SCIENCES HUMAINES EN ASIE DE L’EST

Sous l’égide des sociétés savantes de langue et littérature françaises du Japon, de la Corée, de la Chine et de Taïwan.
Publiée par l'Atelier des Cahiers.

Appel à contribution

Premier numéro (à paraître en novembre 2010) : « Universalisme et Multiculturalisme »

Argumentaire :

Il y a deux exigences à concilier pour vivre ensemble dans nos sociétés modernes : l’universalité du droit et le droit à la différence. L’universalisme et le multiculturalisme sont deux modalités d’articulation de ces deux exigences contradictoires. Si le premier part de la conviction de l’universalité de l’humanité, le second tient compte de la coexistence de plusieurs cultures dans un même pays. Si le premier privilégie la communauté des citoyens libres et égaux en droit (D.Schnapper), le second revendique la reconnaissance de la différence (Ch.Taylor) et la citoyenneté multiculturelle (W.Kimilicka).

Pour schématiser l’opposition, disons que l’universalisme est français alors que le multiculturalisme est anglo-saxon ou américain. L’universalisme français a trois sources : le catholicisme (qui signifie étymologiquement l’universalité), la philosophie des Lumières (dont la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen est une parfaite illustration) et la langue française (dont Rivarol a défendu l’universalité).

L’universalisme français a évolué au cours des siècles avant de trouver son expression moderne dans l’universalisme républicain. Cependant, l’universalité des droits de l’homme a été remise en cause d’abord par le marxisme (pour la domination bourgeoise), ensuite par le féminisme (pour la domination masculine), par le multiculturalisme (pour la domination des Blancs) et par le post colonialisme (pour la domination de l’Occident). Le multiculturalisme est donc une des expressions majeures de la critique de la modernité prétendument universaliste mais marquée par l’ethnocentrisme européen. Il est né dès les années 1970 au Canada, en Australie et aux Etats-Unis. Ce sont trois nations multiethniques construites, loin de la Vieille Europe, avec les apports, au dosage variable, des indigènes, des colons blancs, des esclaves noirs et des immigrants venant des quatre coins du monde.

Creuset des peuples hier et grand pays d’immigration aujourd’hui, la France aussi est une société multiculturelle et multiethnique. Mais elle n’a jamais opté, comme politique d’intégration, pour le multiculturalisme, puisqu’il risquerait fort de diviser la Nation civique unie en plusieurs communautés ethniques. Malgré le rejet du « communautarisme », on assiste néanmoins en France, au niveau des réflexions normatives comme au niveau des mesures politiques, à de sérieuses tentatives de réconciliation entre l’universalisme républicain et la diversité culturelle. Le débat sur les discriminations positives en est un exemple. La valorisation de la pensée créole sur le métissage culturel et l’identité multiple en est un autre. La pensée créole du « divers » (E. Glissant) se démarque toutefois du multiculturalisme sans créolisation, réduit à une simple juxtaposition des groupes ethniques à identité-racine.

Il n’y a, dans le monde d’aujourd’hui, aucune nation ethniquement pure et culturellement homogène. Aucun pays qui n’ait en son sein des minorités plus ou moins mal intégrées. Il serait intéressant de voir si le multiculturalisme sert d’outil heuristique dans l’analyse de la formation historique des sociétés de l’Asie de l’Est et de leur transformation à l’ère de mondialisation. Une perspective comparative s’impose pour croiser nos regards.

Propositions :

Les propositions de contribution en langue française (30 000 signes, police Times new roman, taille 12, interligne 1,5) accompagnées d’un résumé de 250 mots en français et en anglais, des coordonnées, titres et qualités des auteurs et de leur adresse électronique, seront reçues jusqu’au 31 mai 2010 par les coordinateurs régionaux suivants :

Pour le Japon : maxime.pierre@diplomatie.gouv.fr
Pour la Corée : frederique.penilla@diplomatie.gouv.fr
Pour la Chine :
mylene.hardy@diplomatie.gouv.fr
Pour Taiwan : thierry.coste@diplomatie.gouv.fr

Les correspondants scientifiques des différentes zones géographiques feront connaître leur avis sur les propositions qui leur auront été soumises le 30 juin 2010. Le comité régional notifiera de la sélection des articles le 15 août 2010.

 


CROISEMENTS - 2012

 Revue francophone des sciences humaines en Asie de l’Est

Chine, Corée, Hong Kong, Japon, Taiwan


Pour le numéro 2, de 2012, le thème sera Ville réelle/ville rêvée.

Numéro 2 – mars 2012

Villes réelles / Villes rêvées

« L’utopie est étymologiquement le « sans-lieu », la société idéale qui n’a pas encore trouvé de lieu dans le monde réel. Pourtant l’histoire de l’utopie sociale en tant que théorie de la cité idéale est intrinsèquement liée à celle de la ville comme lieu de cette théorie. La pensée de Fourier séminale est inséparable de sa réflexion très concrète sur l’architecture, l’habitat et l’urbanisme.
De fait, la ville est, au moins depuis le XIXe siècle, le lieu par excellence où se déploie le mieux l’utopie, car elle rassemble autant les hommes qu’elle symbolise les états, les systèmes, les échanges qui les lient. Il n’est pas de proposition urbanistique qui ne soit politique, qui ne porte une vision du monde, un souhait de bien-vivre ensemble – un rêve de l’homme. L’urbaniste et l’architecte, autrefois techniciens ignorés, sont devenus des stars qui vaticinent sur notre avenir et à qui l’on demande de nous apporter le rêve que les grandes idéologies ont échoué à nous apporter. Pour les pays engagés dans la mondialisation, il n’est plus possible d’ignorer cet appel. Toutes les grandes villes du monde se doivent de suivre ce nouveau mot d’ordre et de rendre l’utopie urbanistique réelle. Il y a donc une nouvelle pragmatique de la ville qui cherche à transiger entre cet idéal appelé par les philosophes et les citoyens, et les réalités économiques, démographiques et politiques.

Qu’en est-il en Asie de l’Est de cet idéal et de cette réalité de la ville, et comment la littérature, les sciences humaines, les urbanistes ou les architectes peuvent-elles les penser et les imaginer ? C’est à ce bilan provisoire que le prochain numéro de Croisements vous appelle et vous invite. »

Date limite d’envoi des propositions d’article : le 1er octobre 2011
(au Comité de rédaction via le courriel : linguistique@france.or.kr)