Voici en exclusivité un texte issu des Cahiers de Corée 8 (2007), sur le problème de la romanisation du hangeul et des xénismes coréens. Ce texte au contenu polémique attend vos réactions (ajoutez des commentaires à ce message, proposez-nous des textes) !

La transcription française des mots coréens, par Jean-Noël Juttet (traducteur)

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La transcription française des mots coréens

Jean-Noël JUTTET

             Dans toute traduction[1], un certain nombre de mots du texte de départ passent tels quels dans la langue d’arrivée. Ce sont essentiellement les noms propres (noms de personnes, noms de lieux) et une poignée de substantifs, que les linguistes appellent xénismes, correspondant à des choses ou notions qui, spécifiques à la culture d’origine, n’ont pas d’équivalent exact dans la langue d’arrivée. Ainsi, il n’est pas rare de trouver, dans des textes coréens traduits en français, les mots kisaeng, ondol, maru, kimchi, soju ou makkolli.

Pour ce qui concerne les substantifs, ils sont généralement imprimés en italiques afin de souligner leur caractère à la fois étranger et spécifique, et parfois accompagnés d’un appel de note renvoyant à une définition de nature encyclopédique en bas de page. Faut-il interpréter leur présence comme un échec de l’alchimie de la traduction, un renoncement du traducteur ? Rien, en effet, n’est tout à fait intraduisible : ces mots pourraient être rendus par des périphrases descriptives ou explicatives, ou par des termes de plus grande extension sémantique (« alcool » pour soju), procédé auquel, d’ailleurs, recourent fréquemment les traducteurs ne serait-ce que pour éviter les répétitions. Toutefois, les bonnes raisons ne manquent pas pour justifier leur maintien dans leur forme d’origine dans le texte français : nécessité de faire face de façon économique au vide terminologique du français lorsqu’il s’agit de désigner des choses qui n’ont aucune réalité dans notre langue ; souci de fidélité ou d’authenticité (le kimchi a une saveur plus immédiatement coréenne que du « choux fermenté à l’ail et au piment »), ou d’exotisme, qui peut être d’ailleurs de bon aloi, ou encore, de simple économie : ces termes sont en nombre limité et parfois fortement récurrents. Il vaut sans doute mieux proposer du soju au lecteur que de longues et indigestes périphrases. Quelles que soient les justifications qu’on peut trouver à ces mots immigrés, ils sont bel et bien là, et certains, tels le kimchi, sont en instance d’intégration et viendront enrichir notre lexique : de xénismes, ils deviendront de simples emprunts.

Quant aux noms propres, même s’ils sont parfois porteurs d’une motivation sémantique qui mérite d’être connue et donc traduite (« Printemps parfumé » pour Chunhyang, « Montagnes de diamant » pour keumgangsan), c’est avant tout leur fonction déictique qui impose leur présence dans les textes traduits. Indispensables au fonctionnement de la deixis, n’ayant pas à être traduits et, le plus souvent, ne le pouvant pas, ils affichent une présence que leur physionomie exogène rend particulièrement visible. Parce qu’étrangers, ils posent au lecteur une difficulté : faute de maîtriser la structure, phonologique et graphique, différente de celle du français dans laquelle ils se présentent, le lecteur éprouve du mal à les lire, à les distinguer, à les mémoriser.

L’accès aux textes coréens traduits implique donc un effort d’attention supplémentaire, qui constitue un handicap, certes modeste, à sa diffusion. Cela n’est pas particulier au coréen : il en va de même, par exemple, pour la littérature chinoise ou russe. Et ce ne serait pas bien grave si cette difficulté n’était pas accrue par le flottement des formes, le même mot pouvant apparaître sous des représentations différentes. En passant d’un texte à l’autre, chaque traducteur s’étant fait sa petite religion en matière de romanisation, le lecteur va rencontrer des Park, des Pak et des Bak qui portent pourtant le même patronyme en coréen. Quant aux Li, ils jouent à cache-cache avec les Lee, Yi, Ri et Rhee – la seule forme sous laquelle on ne les trouve pas étant I, pourtant la plus conforme au coréen. Ce flottement de la forme des noms propres (que, par chance, nous ont épargné jusqu’à une date récente[2] les Kim, majoritaires) devient particulièrement gênant lorsqu’il affecte le nom qu’on trouve en couverture des livres, c’est-à-dire celui de l’auteur lui-même. On trouve en effet Oh Jung-hee à côté de Oh Jung-hi, ou encore Hwang Sok-yong et Hwang Suk-young. Le lecteur non averti est en droit de se demander si Choe In-ho, Ch’oe In-ho et Choi In-ho sont bien la même personne, et pourquoi pas aussi Choi In-hoon et Ch’oe Inhun ? On pourrait multiplier les exemples. Voilà de quoi semer le trouble dans les esprits. Pourtant, pour que la littérature coréenne trouve une assise solide dans un paysage culturel étranger, il faut que les auteurs puissent être clairement identifiés, que les lecteurs puissent, sans trop de mal, se rappeler le nom des auteurs qu’ils ont lus et qu’ils espèrent retrouver (ou éviter) à l’avenir.

Il est vrai que, parfois, c’est l’auteur qui impose la forme romanisée qu’il a choisie pour son nom, et nous ne pouvons que respecter ce choix. Mais les exemples que nous venons de citer montrent que la responsabilité de la transcription incombe le plus souvent au traducteur. Et c’est quasiment toujours le cas pour ce qui concerne les noms propres dans le texte traduit, ainsi que ces quelques substantifs transfuges ou xénismes que nous évoquions plus haut. Comment pourrait-il en être autrement puisque c’est leur travail en propre de faire passer un texte d’une langue-culture à une autre, de ré-exprimer en français un discours coréen ?

Le problème qui se pose à eux est de savoir à quel code, à quel système de romanisation se référer. Il semble qu’il n’y en ait pas un qui soit franchement meilleur que les autres, sinon les traducteurs auraient mauvaise grâce à ne pas l’avoir déjà adopté unanimement et depuis longtemps. Mais plutôt que de comparer les mérites respectifs des systèmes de romanisation existants, il nous semble plus judicieux de nous poser la question : de quoi, face aux mots coréens transcodés, le lecteur a-t-il besoin ?

Le lecteur n’étant le plus souvent ni un spécialiste de la Corée ni un linguiste, a besoin, avant tout, d’une graphie qui lui assure un maximum de confort de lecture. C’est en partie pour faire droit à cette exigence (mais aussi par souci de rigueur et de respect vis-à-vis de la langue source) que certains traducteurs donnent en début de volume une table d’équivalences établissant la valeur des signes utilisés, ou encore la référence au système de transcodage retenu. De toute évidence, ce zèle scientifique encombre notre lecteur plutôt qu’il ne l’aide, en particulier lorsque le système de codage, nouveau pour lui, fonde une différence par rapport à l’usage qui est fait, en français, de l’alphabet romain. Que peut-il bien faire, en outre, de ces signes diacritiques dont certain système prétend l’instruire savamment ? Le confort de la lecture voudrait, au contraire, qu’il n’ait à lire que des syllabes construites avec les graphèmes qu’il connaît le mieux : ceux du français.   

Il a besoin, aussi, d’avoir accès à la forme orale des mots coréens. On sait, comme c’est le cas pour une majorité de langues, que des divergences assez nombreuses existent, en coréen, entre l’oral et l’écrit. Ce que veut notre lecteur, c’est pouvoir prononcer, ne serait-ce que mentalement, les mots aussi correctement que possible dans la limite de l’exigence de confort évoquée ci-dessus. Le versant graphique des mots lui importe peu : il sait qu’il ne lui est tout simplement pas accessible. On lui donnera donc à lire – ce qui est d’ailleurs généralement fait – jongno plutôt que jongro, Shilla plutôt que Shinla ou Silla.

Mais nul besoin, cependant, que cette lecture soit exacte. Il suffira qu’elle soit approchée[3]. À quoi bon exiger du lecteur, par définition solitaire, qu’il articule de façon exacte ces mots, ou seulement même qu’il les articule ? À quoi bon l’inviter à distinguer, par exemple, un ǒ[4] (ouvert) nasalisé d’un o (fermé) nasalisé, distinction inaccessible pour lui puisqu’elle n’est pas faite en français ? Ou à l’obliger à prononcer la consonne h à laquelle il reste incorrigiblement sourd ? Ces approximations dont il se rendra coupable dans la prononciation des mots étrangers ne sont pas, croyons-nous, ce qui amoindrira l’intérêt qu’il pourra trouver à la lecture du texte.

Il a besoin enfin d’un système stable, qui soit le même d’un texte à l’autre, d’un auteur à l’autre, d’un traducteur à l’autre. De sorte qu’il perçoive des régularités dans le système linguistique coréen et que l’acquis réalisé à la lecture d’un texte devienne immédiatement disponible pour les autres textes.

Demandons-nous maintenant si les modèles de romanisation existants répondent aux trois exigences que nous avons formulées : confort, approximation orale et stabilité du code ?

Nous ne nous attarderons pas sur le système de Yale, créé pendant la Seconde Guerre mondiale pour l’armée américaine. Il est aujourd’hui tombé en obsolescence et n’a sans doute jamais été utilisé par les Français et pour le français. En s’attachant à transcrire non pas la prononciation mais la graphie du hangeul, lettre à lettre – il s’agit d’une translittération systématique –, il ne peut répondre à notre exigence de proximité orale.

Le système de romanisation de McCune-Reischauer, qui date de 1937, est celui qui a fait le plus grand nombre d’adeptes[5] ; il a même été le système officiel de romanisation en Corée du Sud de 1984 à 2000. Il ne translittère pas les mots coréens, il donne une transcription de leur prononciation. En cela, il répond bien à notre exigence de proximité orale. Mais, pensons-nous, il le fait trop bien, car, s’il permet d’approcher la prononciation de façon relativement précise, il le fait à l’aide de signes diacritiques dont il n’est pas assuré qu’ils constituent une aide véritable pour le lecteur : marque de brièveté ou d’ouverture sur certaines voyelles (ŏ, ŭ), apostrophe pour indiquer l’aspiration (Ch’ungju) ou la césure (Sŭng’ok). Les linguistes y trouvent peut-être leur compte. Mais qu’en est-il de notre lecteur ? Quelle différence fait-il, lui, entre Yi Munyŏl et Yi Munyol, Kim Sŭng’ok et Kim Sung-ok, entre l’île d’Iŏ et l’île d’Io ? En quoi un rendu phonétique exact lui importe-t-il ? Ce qu’il souhaite, c’est pouvoir mémoriser le nom de sorte que la suite de sa lecture en soit facilitée. Or, les diacritiques vont lui apporter, à chacune de leurs occurrences, au mieux, une hésitation, un trouble quant à leur interprétation. S’il n’a pas trop de mal à face à Cholla, comment doit-il approcher l’intimidant Ch’ŏlla ? Comminatoires, ces signes lui rappellent inévitablement son incapacité à accéder à la vérité des sons. Agacé, bien vite il abdique et n’en tient plus aucun compte. Le McCune-Reischauer n’est pas pour lui. Pourtant, il constituerait un compromis acceptable sans ses encombrants diacritiques[6]. Il répond bien à l’exigence d’oralité, mais excessivement, et, de ce fait, ignore l’exigence de confort.

Les ordinateurs n’aimant pas davantage que les lecteurs les complications graphiques (ils ont les uns et les autres la même exigence de confort !), le ministère coréen de la culture et du tourisme a promulgué, en 2000, un « système de romanisation révisé »[7] qui exclut les diacritiques – ce qui est bien la preuve, si besoin était, qu’on peut s’en passer.

Aurions-nous enfin un système qui réponde à notre attente ? Oui, en grande partie. Car il transcrit la prononciation à l’aide des caractères romains sans recourir à des diacritiques ; il prévoit des règles simples qui ne laissent qu’une place limitée aux exceptions, rendant son emploi relativement aisé. Il présente toutefois deux règles qui contrecarrent l’usage que fait le français des caractères romains. Il s’agit d’abord de la transcription du o ouvert (le ŏ du McCune-Reischauer) par la séquence eo. Ainsi, Sodaemun devient Seodaemun et Pyongyang, Pyeongyang. Cela représente-t-il un progrès, une aide pour le lecteur ? Probablement pas : la forme ancienne, plus simple, en répondant mieux aux exigences de confort et d’approximation phonétique, aura vraisemblablement sa préférence.

L’autre travers du nouveau système, c’est l’usage qu’il fait des consonnes sourdes et sonores. Disons, de façon très sommaire, qu’il transcrit les sourdes k, t, p, et ch du McCune-Reischauer par les sonores g, d, b et j ; et les explosives k’, t’, p’ et ch’ par k, t, p et ch. Belle cohérence, certes, mais qui ne correspond pas à une réalité phonique incontestable (Busan n’est pas plus conforme à la réalité phonologique du coréen que Pusan, ni Daegu que Taegu). Cela n’est pas très grave et ne peut, tout au plus, que faire perdre un peu de temps aux touristes étrangers qui veulent aller non pas à Busan, mais à Pusan. Beaucoup plus gênantes seront les lectures qu’on fera en français de gimchi, de Gimpo et des si nombreux Gim[8] ? 

Tels sont les « effets pervers » induits par l’application de systèmes aux ambitions universalistes, qui oublient que les graphèmes de l’alphabet romain et leur assemblage obéissent à des règles propres à chacune des langues qui les utilisent. Et que, en français, g + i se lit ji (« gigot au gingembre »). Il nous semble bien naturel que le lecteur français fasse usage plutôt de ce qu’il connaît de sa langue pour déchiffrer les mots transcodés, que des règles d’un code qui viennent contredire cet usage[9]. Il nous semble logique qu’il attende du traducteur que celui-ci lui fournisse des mots transcodés autant que possible dans le système propre de sa langue et non pas dans un système médian – ladite romanisation dont les règles ont été établies pour un autre public que lui, et dans l’ignorance des règles phonologiques de sa langue.      

Il va de soi que nous sommes dans l’impossibilité de faire droit à l’exigence de stabilité (permanence dans le temps, cohérence dans l’espace) évoquée plus haut dès lors que plusieurs systèmes cohabitent, et que chaque traducteur peut recourir à l’un ou à l’autre ou encore créer ses propres lois de codage. Il n’a jamais existé, à notre connaissance, de système propre de transcription du coréen pour le français. Il serait vain de le regretter et d’attendre des spécialistes français de la Corée qu’ils se mettent à l’ouvrage : la mondialisation aidant, ils ont pris l’habitude de travailler avec des outils étrangers, américains le plus souvent. Et surtout, puisqu’ils connaissent le coréen, ils sont ceux qui ont le moins besoin de romanisation. Ceux qui en ont besoin, ce sont nos lecteurs. Et c’est aux traducteurs qu’il revient de leur fournir des règles simples.

D’aucuns soutiendront que la romanisation du coréen gagnerait à se faire au moyen d’un système universel, valable pour tous les pays (du moins pour tous ceux qui utilisent l’alphabet latin), de sorte que les noms propres ainsi que les xénismes coréens qui migrent inchangés dans les textes traduits, puissent être aisément identifiés quelle que soit la langue dans laquelle ils apparaissent. McCune et Reischauer étaient sans doute animés par ce souci lorsqu’ils ont imaginé leur système de romanisation. Cette même ambition a probablement inspiré aussi les concepteurs coréens du système révisé de 2000. Mais il est bien évident que la mise en place d’un système unique, et donc hégémonique, va à l’encontre de notre règle de confort et de la recommandation que nous faisons de chercher dans la langue d’accueil les ressources graphiques permettant de représenter au plus près les mots coréens. Il va aussi à l’encontre de la diversité culturelle qui est un état de fait et qui a pour conséquence que chaque langue est et reste souveraine pour représenter, pour habiller les mots étrangers[10]. Remarquons au passage que les Coréens, pour transcrire dans leur langue les mots importés, ne recourent à rien d’autre qu’au hangeul, et en recherchant dans ses règles le moyen de transcrire au plus près la prononciation des mots étrangers. Cela nous paraît la sagesse même. Pourquoi devrait-il en aller autrement en sens inverse ?

Nous remarquerons enfin qu’une part considérable de chacun des deux systèmes de romanisation en usage fonctionne bien en français et que les amendements requis par l’exigence de confort ne concerneraient qu’une portion limitée des règles de transcription. Ainsi, les ajustements réclamés par le français n’altéreraient que marginalement la transparence internationale du système.

Confort, approximation phonétique, stabilité : pour que nos trois exigences soient satisfaites, il suffirait donc de deux choses. La première, que les traducteurs veuillent bien s’entendre sur l’usage de l’un ou l’autre des deux systèmes dominants, le McCune-Reischauer ou le Système de romanisation révisé ; la seconde, qu’ils s’accordent sur quelques aménagements qui évitent en français les lectures parasites que nous avons signalées : suppression des diacritiques du McCune-Reischauer, aménagements mineurs du Système de romanisation révisé[11]. Ainsi favoriserions-nous la migration et l’intégration de mots coréens (imagine-t-on désormais la vie sans kimchi ?)[12] 

Ainsi rendrions-nous la lecture des textes coréens plus aisée et contribuerions-nous à fixer dans la mémoire collective les noms d’auteurs appartenant au patrimoine littéraire de l’humanité.

      

   

[1] Précisons d’entrée de jeu que nous nous plaçons dans la perspective de la traduction en français de textes littéraires ou techniques coréens s’adressant à un public non-spécialiste de la langue et de la culture coréennes, ce qui représente la très grande majorité de nos lecteurs potentiels.

[2] Depuis 2000, on rencontre aussi des Gim.

[3] C’est en ce sens (d’aussi grande proximité que possible) que nous utilisons plus loin l’expression d’« approximation orale ».

[4] Dans le système de McCune-Reischauer. 

[5] http://mccune-reischauer.org/

[6] C’est le choix qui semble avoir été fait largement en Corée du Nord.

[7] http://www.korea.net/learaboutkorea/hangeul/revised.html

[8] Les auteurs du nouveau système ont bien perçu les difficultés que celui-ci présente puisqu’ils admettent qu’il soit fait des exceptions quant à son application aux noms propres.

[9] Nous conviendrons, certes, que le lecteur français contemporain, pour avoir été exposé à des codes graphiques – souvent celui de l’anglais – différents de celui du français, est très capable de prendre ses distances par rapport à sa propre langue. Ainsi est-il aisément en mesure de lire u comme ou, Lee comme Li, de ne pas nasaliser la voyelle devant n, etc. Mais où est le mal à lui parler sa langue ?

[10] Cette souveraineté linguistique est irréfragable : que le Gouvernement chinois veuille que la capitale de Chine s’appelle Beijing ne fera pas que les Français doivent l’appeler autrement que Pékin en français. Les exemples (pour s’en tenir au français) sont légion qui attestent cette souveraineté linguistique : Londres, Le Caire, etc., et bien sûr Séoul, lecture fautive d’une transcription latine, avec son e accent aigu si français.

[11] Compte tenu du fait que le « système de romanisation révisé » est celui seul que veulent connaître les autorités coréennes et qu’il est aujourd’hui très largement adopté en Corée, c’est à cette deuxième option que va notre préférence. 

[12] Il est évident que si les mots coréens candidats à l’immigration en français viennent, comme il est probable, à perdre leur statut de xénismes pour gagner celui d’emprunts,  cela se fera non pas sous la forme kimch’i ou gimchi, mais kimchi, non pas makkŏlli ou makkeolli, mais makkolli, voire makoli.